La quête du râle [Pv Alex]
Invité

avatar

Invité

Lumos
Identité
Clan



MessageSujet: La quête du râle [Pv Alex] Mar 31 Mar - 0:34

...Alors que la prodigation d'une bonne éducation aurait dû être la priorité de l'école Poudlard après que le pauvre Dumby eut cassé sa pipe d'une manière qu'on ne peut définitivement pas qualifier de "prématurée", voilà que le poste de Défense contre les Forces du Mal, une matière aussi absurde que démagogue (A quand l'étude de "L'Attaque avec les Forces du Bien", je demande à voir !), va être occupée par une sympathique parvenue qui ne semble avoir, pour tout atout, qu'un regard de braise et un tour de hanches susceptible de faire mûrir prématurément nos chères têtes blondes.
Alexis MacFusty, tel est le nom de cette demoiselle qui pousse ma plume à la fustiger avec délice.
Dernier acte de clairvoyance d'un vieux décrépi ou signe évident de sénilité chez un pauvre type qui doit actuellement bien s'éclater dans l'Au-Delà, pour peu qu'on lui ait retiré quelques années pour faire des folies de son corps ? Vous savez aussi bien que moi vers quel côté penche votre serviteur, l'Odieux Chroniqueur...


-------

Clive se détourna de l'extrait de chronique sur lequel ses yeux s'étaient égarés. Il ne s'agissait pas du travail dont il était le plus fier, mais il avait suffisamment fait grincer des dents pour s'estimer satisfait. En équilibre sur un fil tendu, Clive risquait de se faire renvoyer, ou bien pire encore, à chaque chronique rédigée.

Peut-être était-ce ce qu'il cherchait, en vérité ? Que la Fatalité s'abatte sur lui et le punisse de sa Haine, de sa Médiocrité ? Lui qui avait été incapable de sauver la femme qu'il aimait toujours avec passion ? Lui qui n'avait pas su déceler la souffrance latente de Brianna ?

Froissant l'extrait et le jetant à la poubelle, Clive se dirigea ensuite, avec la lenteur qui lui était caractéristique, jusqu'à la cuisine. Se servant un café corsé, dans lequel il glissa quelques gouttes de bière pour l'aromatiser, il profita de sa présence en ce lieu pour nettoyer consciencieusement l'évier.

Ses lunettes ajustées sur son nez, il récurait ce qui était déjà propre comme un sou neuf, incapable de se défaire de cette activité obsessionnelle, emporté par ses propres compulsions.

Laver, encore et encore... Comme s'il pouvait se purifier de ses péchés en rendant le monde plus propre autour de lui... Ou pour oublier, tout simplement... Il n'était pas très sûr...

Transporté par sa tâche, il en était venu à oublier son café, qui ne se rappela à son bon souvenir que lorsqu'une douleur vive commença à envahir ses pauvres bras.

La souffrance parvint tant bien que mal à l'extirper d'un état proche de la transe. En sueur, son vieux peignoir décrépi pendant mollement sur son corps qu'il n'entretenait plus depuis des années, Clive dépareillait quelque peu, au sein de l'appartement impeccable qu'il occupait.

Avec ses cheveux qui auraient bien mérité une coupe, ses lunettes couvertes de traces de doigts et son allure générale, il ressemblait plus volontiers à un sans-abri qu'à un chroniqueur satirique qui gagnait suffisamment pour s'acheter une coquette maison et préférait pourtant se reclure dans un appartement des plus modestes.

C'était là tout le paradoxe de Clive, qui tenait à ce que le monde autour de lui soit nickel là où lui-même semblait souillé d'une crasse parfois insupportable. De temps en temps, il trouvait le courage de se laver, de prendre soin de lui. Puis il croisait son reflet dans le miroir et se rappelait à quel point il se détestait. Il ne méritait pas de "resplendir" comme le reste du monde.

Mieux valait qu'il soit révulsant, repoussant... Ainsi, il ne serait pas aimé. Et il ne s'attacherait plus à qui que ce soit. Brianna était la seule. La seule et l'unique.

Un sursaut secoua Clive quand des coups se firent entendre à sa porte. Encore un gamin qui cherchait à lui vendre des cookies ? De la publicité ? A cette idée, Clive grogna et, buvant d'une traite son café/bière plus froid que l'hiver, il s'empara d'un long couteau de cuisine et se traîna jusqu'à la porte d'entrée. Bah, il n'aurait qu'à grogner et secouer un peu son "arme", ça le ferait fuir.

Pourtant, lorsqu'il ouvrit la porte, Clive ne parvint pas à composer son masque grincheux habituel. Parce qu'il connaissait bien la personne qui se trouvait sur le palier. Alexis MacFusty. La Professeure de Défense contre les Forces du Mal qu'il avait dénigré avec une passion presque malsaine.

Jetant le couteau derrière lui, il claqua la porte sur la jeune femme, le coeur battant. Merde ! Qu'était-il supposé faire, là ? Elle pourrait le traîner en justice pour cette "menace" qu'il avait brandi sous son nez. C'était la dernière chose qu'il voulait : dévoiler au monde que l'Odieux Chroniqueur était un minable puant et bégayant.

Il fallait qu'il tente quelque chose. Qu'il l'effraie suffisamment pour qu'elle tourne les talons et ne revienne pas de sitôt. Alors, prenant son "courage" à deux mains, il entrouvrit la porte, glissant sa tête dans l'entrebâillement. Écarquillant les yeux, il laissa échapper un râle guttural, tentant de lui faire croire qu'il était prêt à la dévorer sur place.

Mieux valait qu'il ne prononce pas un seul mot... Il n'allait pas finir de se décrédibiliser, si tel était le cas...
Dragon Noir Coeur chaud et griffes d'acier

avatar


Lumos
Identité
Clan

Feuille de personnage
Caste: Isis
Clan: Sombral
Sang: Sang-mêlé



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Mar 31 Mar - 21:13







La quête du râle
Clive & Alexis


P longée dans la lecture du hibou tout juste arrivé je ne remarque pas les coups de bec insistant du volatile contre la peau sombre de ma main. Lentement les griffes acérées de mes doigts froissent le parchemin. L’iris de mes yeux s’assombrit alors qu’un orage terrible s’en empare. Les nuages s’amoncèlent dans leurs profondeurs et les éclairs ne tardent pas à darder l’adresse inscrite à la main. D’un claquement de langue sec je mets un terme à la frénésie de l’oiseau de nuit dont les yeux jaunes me regardent avec dédain. De manière générale ils sont reçus avec égard, pauvres bêtes assujettis à nos bons vouloirs. Mais l’information contenue dans la missive accapare toute mon attention. Dans mes veines se déverse un tourbillon de sentiments, entre excitation, colère, vengeance et résolution. Depuis deux mois j’attends ce moment. Deux mois à remettre les ongles sur cet énergumène sans scrupule. L’espace d’une seconde un sourire étrange passe sur mes lèvres avant de s’évanouir, brume solitaire, trop légère pour se maintenir. Les muscles de mes doigts finissent par froisser le parchemin, serrant dans le creux de mes griffes le secret qu’il renferme, comme une cage aux barreaux mortels. Je pourrai lui planter ces serres directement dans son cœur en retour de l’humiliation dont il a tâché le nom MacFusty. Au cours des années Poudlard, j’ai subis bien des moqueries, notre clan a été bien souvent calomnié. Mais toujours j’étais-là pour venger cet honneur salit. Tous ces calomniateurs ne savent rien de notre vie, des passions qui brûlent nos cœurs et enflamment nos rêves. Alors j’ai attendu, avec patience, les résultats de mes investigations. La vengeance froide est la meilleure, celle qui me correspond le plus, que j’ai déjà expérimentée et dont je connais tous les recoins. Les courbes, les replis sombres, les doutes, les angoisses. Elle m’habite en vieille amie. Elle me caractérise. Froide comme la mort et tranchante comme la roche.
D’un geste vif je me retourne, le visage tourné vers l’extérieur du château, le visage fermé dans une résolution terrible. Je ne peux décemment pas attendre un jour de plus. Malheureusement pour lui, j’ai un besoin effroyable de m’en prendre à quelqu’un ces derniers jours. Enfermée depuis trop longtemps entre les murs froids de Poudlard, j’étouffe, sauvage en cage. La chaleur de l’Afrique me manque parfois. Sa chaleur éreintante, suffocante qui met à l’épreuve chaque organe de votre corps. Cette chaleur brûlante, semblable aux feux du dragon. Eclatante comme mille diamants.

Mon bras s’étend vers la fenêtre pour laisser le hibou reprendre son envol dans l’air frais de cette journée de fin d’année. La bourrasque de vent arrache un léger frisson à mon épine dorsale, fraîcheur terrestre pour calmer mes ardeurs internes. Un long soupire s’envole à la suite du claquement d’ailes du hibou grand-duc, je vais pouvoir passer mon énergie sur quelqu’un  pour une raison des plus louables. Depuis la disparition de Dumbledore, mes cauchemars sont revenus, plus fréquents, toujours aussi terribles, aussi sanglants. Ils me déchirent le cœur de leurs pointes écharpées. Ils me brisent un peu plus, réduisant à néant mes efforts pour me reconstruire un monde intérieur. Dans un bruit feutré, la fenêtre se referme sur les bruits du parc et dans un même élan mes mains agrippent ma cape en laine de mouton qui claqua dans le silence de mon bureau. Sans réfléchir d’avantage, j’avance d’un pas décidé, mes chaussures claquant avec détermination contre le sol dallé du château. Ce Clive Brody ne perd rien pour attendre. J’avance vers l’inconnu avec une sérénité que certain jugerai déconcertante, mais ceux-là ne savent pas. Ils ne devinent pas les épreuves qui ont été les miennes, les combats, les défaites et l’oubli de soi. Le trou béant qui loge dans mes entrailles aspire toutes ces émotions qui me caractérisaient avant. Etrangère à ma propre personne. Je ne suis plus qu’une ombre fade pleine de haine prisonnière d’une tristesse sans fond.

L’immeuble se dresse droit et lisse devant moi. Londres résonne de bruits derrière moi, pourtant je me glisse sans bruit, souple et rapide, parmi eux. Glissante comme le guépard je pénètre dans le hall, silhouette fine et élancée, sombre comme une nuit sans lune. Un frottement doux dans les escaliers témoigne de ma présence, discrète comme le vol d’une chouette en pleine chasse. La porte du couloir grince doucement, son familier dans un immeuble. Son étouffé par les lourdes portes des appartements. La moquette posée sur le sol avale le martellement de mes pas et j’approche de ma destination, englobée de silence, le visage terrifiant. Dans le couloir éclairé d’une lumière jaune trop fausse, mon regard luit avec férocité. Debout devant la porte qui renferme mon calomniateur qui ne s’attend pas à rencontrer sa victime je marque un temps d’arrêt. Je ne sais rien de lui. Je n’ai même pas pris le temps de demander une photographie de sa personne. Peut m’importe. Cet homme à oser parler de moi en des thermes dont jamais personne n’a osé parler. C’est tout ce dont j’ai besoin de savoir pour planter mon regard sauvage et terrifiant dans ses prunelles d’insignifiant.

Mes doigts tatoués frappent quelques coups résolus sur le panneau fermé. Des coups simples, sans pression, mais fermes. L’hésitation ne fait pas partie de mes habitudes. Contre mon bras je sens la chaleur de ma baguette magique irradier son doux pouvoir. Prête à répandre son pouvoir sur sa tête de paria. Cette fois elle a le droit d’être ma compagne, mon amie de vengeance, elle n’attend que ça. Calmer les tourments de mon cœur. Amie fidèle. Heureusement pour l’homme, les années passées ont fait mûrir mon côté sombre. Le dialogue est un bon compromis. Dumbledore était de bon conseil sur la question. Il a été un repère sur lequel fixer mes pensées déboussolées. Le souvenir des mots vulgaires du chroniqueur à son sujet soulève une nouvelle vague de colère froide. Glaciale. Mes yeux luisent avec plus de force encore. Sur ces entre-faits, la porte s’ouvre soudain sur un homme, couteau en main, luisant dans la pâle lumière du couloir. Une surprise sans nom se peint sur son visage défraichi, une certaine horreur peut-être même. Quelques secondes de face à face avant que la porte ne se referme sur lui et sur son arme blanche. Des deux, c’est cette dernière qui m’a fait plus grande impression. Irrémédiablement un dégoût sans nom s’accroche à mes entrailles. La lame nue luisante, tenue à bout de main, prête à percer les fibres d’un corps. Une image sanglante s’interpose dans mes iris et je sens mes jambes fléchirent légèrement. Pourtant je reste-là. Campée, fièrement, prise dans un nouveau tourbillon de sentiment plus terrible encore. Une ancienne appréhension à laquelle je ne m’attendais pas s’est emparée de moi. Je n’ai même pas prêté attention à son accoutrement de vieux-garçon en robe de chambre. Ma mâchoire se contracte avec force et mes doigts filandreux se referment sur le bois de ma baguette magique. La porte s’ouvre à nouveau, mais à demie seulement. Juste de quoi laisser passer une tête au regard exorbité tandis qu’un râle guttural s’échappe de la gorge que l’on devine dans l’ombre de la porte. Une gorge dont une violente envie de se saisir m’enivre. Que cherche-t-il à faire ? Peur ? Il me connait donc si mal se vieux décrépi pour essayer de me faire peur avec un râle humain. Sai-il pauvre fou que j’ai grandi aux pieds des dragons plus noirs que le fond d’une grotte ? « Assez » Ma voix claque dans le silence ambiant. Froide, cassante et net comme la roche elle est sans appel. « Comportez-vous en homme pour une fois ». Etrangement, son comportement me déçoit. Je voulais qu’il se défende, qu’il me force à attaquer et à déverser toute cette mauvaise énergie qui étreint mes muscles. Au lieu de ça, le voilà qui se terre et grogne comme un animal au fond de son trou, essayant de tromper l’ennemi. Un tel comportement n’est rien d’autre que la déclaration, haute et forte, de sa faiblesse. Un vrai prédateur attaque sans chercher à se faire plus intimidant qu’il ne l’est. Mes iris se rivent dans les siennes et d’un geste entendu je lui fais comprendre que je suis prête à ouvrir moi-même la porte s’il ne le fait pas. « Laissez-moi enter ». Son silence suffit et je n’ai pas la patience. Pas cette fois. « Flipendo » le sort atteint la porte avec force et repousse légèrement le battant ainsi que le corps se cachant derrière sans les ménager, libérant un passage dans lequel je m’engouffre sans plus attendre.



© Artchie


Spoiler:
 

_________________


Dernière édition par Alexis I. MacFusty le Mar 31 Mar - 23:11, édité 2 fois
Invité

avatar

Invité

Lumos
Identité
Clan



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Mar 31 Mar - 22:22

La jeune femme ne fut pas impressionnée par son manège, bien au contraire. Sa voix se fit entendre et sa froideur charismatique fit frémir le chroniqueur, qui manqua de reculer d'un pas, des frissons parcourant son corps. Il resta paralysé, ne sachant où poser son regard, sentant une certaine appréhension l'envahir alors qu'elle continuait à parler, l'exhortant à se comporter comme un homme.

Mais il n'en avait pas le courage. Il n'arrivait même pas à se convaincre de refermer la porte sur elle. Il était figé, presque tremblant, son masque de grincheux cynique et sadique se fissurant peu à peu. Non, il ne pouvait pas laisser cela arriver... C'était sa seule protection contre le monde, le visage qui lui permettait de chasser les autres et de les empêcher de s'intéresser à lui ou, pire encore, de l'apprécier.

Elle lui ordonna de le laisser entrer, mais Clive ne bougea pas d'un pouce, indécis sur le comportement à adopter. Hormis ses grognements, il n'avait rien de très agressif. Au contraire, il était très certainement pacifique. La violence le débectait et il ne pouvait pas s'imaginer l'employer sur un autre. Seuls ses mots gravés sur le papier étaient haineux, tout comme ses pensées. Mais ils ne lui étaient guère utiles dans une situation pareille.

Un sort plus tard, la porte s'ouvrit avec une certaine brusquerie et Clive ne put qu'encaisser le choc, son pauvre nez rencontrant brutalement le bois. Un peu plus fort et il se serait probablement cassé. Il retint difficilement un gémissement de douleur et le frotta doucement de ses doigts rendus frémissants par une consommation trop intense d'alcool.

Alexis entra dans son refuge et Clive ne put l'en empêcher, trop faible pour prévenir pareil événement. Au lieu de cela, il ferma la porte. Une première fois. Le cliquetis qui s'en suivit ne lui convint pas. Il ne l'avait pas refermé correctement. Et si Alexis l'avait abîmée en jetant ce sort ?
Il rouvrit la porte, la scruta du regard, la referma, la rouvrit, la scruta, la referma... cinq fois de suite.

Il ne pouvait s'en empêcher, cherchant à s'éloigner pour aussitôt en revenir, obsédé par l'idée de fermer correctement l'accès à son appartement. Depuis la mort de sa femme, Clive s'était enfermé dans des rituels dont il ne parvenait pas à se défaire, sa maniaquerie n'étant que l'aspect le plus flagrant de la chose. Au fond, cela le rassurait. Cela occupait ses pensées et cela l'aidait à oublier un peu ses regrets, sa colère, son sentiment de culpabilité...

Quand il put finalement considérer que la porte était correctement fermée, il soupira de soulagement et s'en éloigna précautionneusement. Il avait parfois l'impression d'être un serpent se mordant la queue, bloqué dans une situation aussi inextricable que stupide.

Son regard se reporta sur Alexis, avant qu'il ne le baisse à nouveau. Elle attendait des explications et il n'avait pas à en donner. Il ne réfléchissait même pas à ce qu'il écrivait. Il se défoulait, tout simplement. Il laissait sa haine s'exprimer à sa place et elle le faisait avec style, apparemment. Il n'était même pas certain de penser réellement toutes ces choses. C'était juste... une échappatoire. Comme ses rituels. L'alcool. Le reste.

Il soupira encore. Autant tenter le tout pour le tout. Il ne pouvait pas rester silencieux éternellement, il était certain qu'elle le forcerait à parler et cette idée le terrifiait. Mais il ne pouvait pas non plus lui dire la vérité.

S'emparant nerveusement d'un verre pour l'essuyer consciencieusement à l'aide d'un chiffon, il marmonna d'une voix peu aimable :

"C'est c't'enfoiré de C-Clive que v-vous cherchez ? C'est m-mon coloc. Pour f-foutre la m-merde, il est l-là, mais quand i-il s'agit de p-payer les pots cassés, i-il s'assure de se tirer v-vite fait, bien fait."

Il haussa les épaules, tentant de rester dans son rôle, espérant qu'elle avalerait son mensonge. Il n'était pas Clive Brody. Ni l'Odieux Chroniqueur. Non, définitivement pas. Il faudrait sûrement qu'il lui donne un faux nom. Mais lequel ? Le coeur battant, il se décida finalement à ajouter :

"A-Au fait, j'm'appelle V-Victor. C-Clive est probablement allé s-s'acheter des clopes pas t-très loin. Si vous y allez t-tout de suite, vous pourrez l-le rattraper. J'en ai m-marre de ses conneries, j-je veux juste qu'on m-me foute la paix. S'il payait pas l-le loyer rubis sur l-l'ongle, je l'aurais viré, c-c'te enflure."

Victor... Pourquoi avait-il fallu qu'il use de son deuxième prénom ? Si elle était renseignée un minimum sur lui, elle allait flairer l'embrouille, c'était certain.

Difficilement, Clive se convint de ranger le verre qu'il essuyait frénétiquement depuis tout à l'heure, cherchant de quoi s'occuper les mains et l'esprit. Il ne trouva rien de mieux que se ronger les ongles, s'appuyant sur son évier, suant de nervosité :

"V-Vous feriez mieux d-d'y aller. T-Tout de suite."

Et lui quitterait cet appartement un petit moment. Ou pour toujours. Il s'exilerait ailleurs et ferait en sorte qu'on oublie son existence. Que Clive Brody ne soit plus et qu'il ne reste alors que l'Odieux Chroniqueur, anonyme, intouchable, cette langue de vipère qui s'attaquait à tout le monde et ne distinguait personne. Bien, mal, Mangemorts, Ordre du Phénix... Quelle importance ? Ils vivaient quand Brianna était morte. Ils méritaient tous cette haine qu'il pouvait leur vomir à la figure. Ils le méritaient.

Il releva les yeux vers elle, croisant un bref instant son regard. Ce qu'il put y lire ne fit qu'accroître sa nervosité et il reprit son verre pour l'essuyer encore, le souffle court, tremblant presque d'angoisse. Pourquoi était-elle toujours là ? Pourquoi n'était-elle pas déjà partie à la poursuite de sa tromperie ?

Il voulait être seul. Boire. Dormir. Parler à Brianna. Il ne savait pas bien. Il craignait qu'elle n'appelle alors qu'Alexis était encore là. Elle le faisait, des fois. Elle rompait ses habitudes et l'appelait à n'importe quelle heure. Mais il ne pouvait pas lui parler, si Alexis était ici. Brianna penserait peut-être qu'il la trompait... Ou quelque chose de ce genre...

Alexis pouvait bien faire cela, non ? Avaler son mensonge, partir et ne plus revenir ? Ou juste s'en aller et lui laisser le temps de s'échapper ? Elle le pouvait, n'est-ce pas ? Pourquoi ne le faisait-elle pas ? Pourquoi ?
Dragon Noir Coeur chaud et griffes d'acier

avatar


Lumos
Identité
Clan

Feuille de personnage
Caste: Isis
Clan: Sombral
Sang: Sang-mêlé



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Mer 1 Avr - 12:28







La quête du râle
Clive & Alexis


La peur. Terrifiante et envahissante se propageait dans chaque centimètres de son être. Plus que la deviner, je pouvais la voir serpenter entre les plis de sa peau, dans les rides de son visage. Comme un liquide s’imprégnant partout, elle s’insinuait sournoisement dans l’éclat de son regard, dans les coins de sa bouche, dans la courbure de ses muscles. Lâche et putride, la peur vous laisse démuni, nu face à l’adversité. Son corps reste-là, immobile, paralysé par cette terreur qui lui étreint les membres. Parallèlement des images se superposent à la réalité. Des souvenirs faussement enfermés dans les profondeurs de mon âme trouble. Dans ces yeux je lis la même peur qui consommait ses yeux d’assassin. Je les revois, d’un bleu clair, devenus translucides sous l’effet de l’émotion. Un regard fou, horrifié face à la folie réfléchit qui habitait mes propres iris. La certitude de la mort se découvrait dans les prunelles de l’assassin de Tomas lorsque, silhouette noire de ses cauchemars, je suis venue lui ravir son souffle d’usurpateur de l’espèce humaine. Ce souvenir se calque malgré moi sur le visage de ce Clive terrorisé. Pourtant mes intentions sont bien différentes aujourd’hui. Je n’ai nullement envie d’arrêter les battements de son cœur d’être répugnants.
Sans mot dire je vois ses muscles s’activer, un à un, dans un automatisme sans pensée. Lentement la porte de bois se referme derrière-moi dans un claquement propre et net. Propre et net comme l’intérieur de son logis. Alors qu’il me tourne le dos pour aller vérifier sa porte, mes yeux embrassent rapidement l’ensemble de l’appartement. Un espace assez petit, sans prétention, composé du strict minimum. Bien loin du duplexe qu’on s’attendrait à voir lorsqu’on se rend chez un chroniqueur tristement célèbre de la Gazette du Sorcier. D’un geste brusque la porte s’ouvrit à nouveau sans dire un mot. Allait-il sortir et me laisser seule ici ? Fuir comme un lâche pour ne pas affronter ses responsabilités ? Mes iris le scrutaient avec intensité, essayant de démêler le fils de sa personnalité, de ses sentiments, de sa personne. Pourtant l’homme en robe de chambre défraichie se contenta de regarder sa porte en détail avant de la refermer à nouveau. Avait-il peur que j’ai abîmé sa porte ? Si c’était le cas ce devait être un piètre sorcier. Mais à ma grande surprise l’homme effectua la même opération quatre fois de suite, suivant le même manège. Ouvrir, regarder, fermer. Légèrement mes paupières se plissèrent, cherchant à démêler son comportement, ces gestes répétés avec anxiété, avec nécessité. J’avais pénétré son intimité, cela ne faisait aucun doute, et cela le dérangeait au plus haut point, le terrifiait plus que tout. Lentement, un petit nœud se forma dans mon ventre. Un nœud chargé d’anciennes émotions, d’anciens souvenirs, sur lequel venait ce glisser une sorte de pitié mêlée de compréhension.

Mon regard suivait ses moindres gestes, aussi dur que l’acier et brûlant qu’un brasier je ne lui laissais pas une seconde de répit. Des soupirs s’échappaient de ses lèvres alors qu’il osait à peine lever les yeux vers moi.  Il s’empara alors d’un verre et d’un chiffon comme pour occuper ses mains et entrepris d’essuyer le premier déjà parfaitement propre, comme tout le reste de l’appartement par ailleurs. Une propreté presque effrayante, qui transpirait un sentiment de mal être malsain, et qui contrastait avec toute la personne répugnante de l’homme qui se trouvait face à moi, grommelant une phrase mal assurée, avec un bégayement bien marqué. « C'est c't'enfoiré de C-Clive que v-vous cherchez ? C'est m-mon coloc. Pour f-foutre la m-merde, il est l-là, mais quand i-il s'agit de p-payer les pots cassés, i-il s'assure de se tirer v-vite fait, bien fait. » Devant tant d’inattendu un de mes sourcils s’arqua dans un air de sarcasme évident. Si mes envies de vengeance retombaient doucement dans les tréfonds de mon âme, ma colère elle, ne s’atténuait pas. Tel un grondement sourd dans mes entrailles, elle menaçait d’exploser à tout moment. « A-Au fait, j'm'appelle V-Victor. C-Clive est probablement allé s-s'acheter des clopes pas t-très loin. Si vous y allez t-tout de suite, vous pourrez l-le rattraper. J'en ai m-marre de ses conneries, j-je veux juste qu'on m-me foute la paix. S'il payait pas l-le loyer rubis sur l-l'ongle, je l'aurais viré, c-c'te enflure. » Un rire terrible, sans joie, plein de sarcasme sorti de mes lèvres serrées. Il devenait de plus en plus ridicule à essayer de paraître plus bête qu’il ne l’était. Pensait-il vraiment que j’allais avaler un hippogriffe aussi gros que cela ? Il transpirait d’anxiété et de peur, son histoire ne tenait pas la route, et l’appartement était bien trop petit pour accueillir deux personnes en cohabitation. A la limite, un couple aurait été plus crédible. Mais une colocation…Et utiliser son deuxième prénom, Victor, pour se donner une autre identité. S’en était vraiment drôle. Par Merlin qui était-il ce vieux garçon aux allures de biche apeurée ? Quel genre de personne est capable d’écrire de telles ignominies sur les gens et n’être en réalité qu’une loque dénudée de courage ? Etais-je donc la première personne à venir lui rendre une petite visite de courtoisie ? Bien étonnant. « V-Vous feriez mieux d-d'y aller. T-Tout de suite. »  Mon silence semblait l’inquiéter plus encore que mes précédentes paroles et, après avoir reposé son verre aussi poli qu’un galet sur la plage, il se rongeait les ongles nerveusement. Tant de gestes qui me rappelaient ce que j’avais été, il y a longtemps. Lorsque mes yeux horrifiés de toute jeune femme avaient contemplés les horreurs des massacres ethniques. Je me souviens les tremblements incessants de mon corps, le besoin incessant de me laver les mains, pleines du sang de ces familles qui m’avaient accueillies, ce voile qui obstruait ma vue et que mes doigts agités essayaient vainement de déchirer. Il y avait tout de même quelque chose d’attachant dans ses manières bourrues, comme une réminiscence de mes propres démons. Pourtant aujourd’hui j’étais redevenue une femme, j’avais repris la route du monde, pour oublier l’horreur, pour chercher les restes d’une humanité qui me faisait défaut, pour retrouver un peu d’espoir.

Lentement, je m’approche de lui, gardant une certaine distance entre nos deux êtres. Ma baguette magique disparait dans la mange de ma robe, retrouvant sa place favorite contre mon avant-bras, au plus près de ma peau sombre. « A moins que vous ne soyez atteint de cette maladie moldu que l’on appelle communément la schizophrénie, je ne crois pas un traite mot de vos mensonges monsieur Clive Victor Brody. » Mes iris cherchaient les siennes, et ma voix toujours aussi froide se faisait moins menaçante. « Il est inutile de vous cacher, arrêtez de faire l’enfant, ça ne prend pas avec moi. Vous savez tout comme moi pourquoi je suis ici arrêtez de prétendre le contraire. » La patience est une de mes plus grandes qualités. J’ai appris à rester immobile pendant des heures à attendre que le regard brûlant du dragon s’endorme, habitué à ma présence. Rien en lui ne serait être capable d’en venir à bout. Malgré la fureur de l’orage qui tempête en moi, mes actions sont froidement réfléchies, toujours. « Je suis venue ici dans un seul but et sachez que je ne repartirai pas avant de l’avoir atteint. Je veux comprendre ce qu’un être comme vous trouve de jubilatoire à diffamer des personnes dont vous ne savez rien, à la trainer dans boue, à les offenser au plus haut point et à salir leur nom. Vous devez être bien seul pour n’avoir à ce point aucun respect pour les autres. » Mes mots sont durs et froids comme une vague océanique et mes pupilles brillent avec intensité, fixant ses traits nerveux. « A vous de voir combien de temps cela prendra ». Le vouvoiement est pour moi tout sauf une marque de respect. Ceux qui me connaissent le savent. C’est la forme la plus sarcastique de mes paroles, une distance fausse et poussée à l’extrême qui témoigne de mon antipathie pour la personne concernée. Au fond de moi, j’avais envie de le bousculer, de réveiller ce monstre hypocrite en sans scrupule qui grattait sur des bouts de parchemin des allégations aussi laides qu’infondées.  




© Artchie



Spoiler:
 

_________________
Invité

avatar

Invité

Lumos
Identité
Clan



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Mer 1 Avr - 15:55

Alexis ne le croyait pas. Pire encore, ses mensonges semblaient avoir accru sa colère, tandis qu'elle s'approchait de lui et lui signalait de son timbre froid qu'il était temps pour lui de cesser de faire l'enfant. Instinctivement, Clive chercha à reculer, mais il se heurta à l'évier contre lequel il était adossé et il manqua perdre l'équilibre. Il reposa le verre qu'il avait repris en main, son regard fuyant désespérément celui de la jeune femme, tentant de trouver une échappatoire sans y parvenir.

Elle voulait comprendre et lui n'avait pas de réponses à lui apporter. Pas sans dévoiler ce qu'il avait dissimulé aux autres depuis des années. Pas en se révélant dans toute sa fragilité et son désespoir. Sa folie, également. Et il ne pouvait pas se permettre cela.

Il voulut s'enfuir, mais sa propre magie sembla se rebeller contre lui, faisant échouer son transplanage. Une douleur aiguë s'empara de sa main droite, qu'il s'empressa de dissimuler dans son dos, les joues rougies par la honte. Venait-il vraiment de se désartibuler comme un vulgaire débutant ? Qu'allait-elle penser de lui ? Qu'allait-elle raconter sur lui ? Quand viendront-ils tous pour rire de sa médiocrité ? Se moquer de sa bassesse ? Le mépriser comme l'être vil et minable qu'il était conscient d'être ?

Il n'avait pas de réponse à lui fournir. Il voulait simplement qu'elle parte de chez lui, qu'elle le laisse retourner à sa vie d'ermite et oublie jusqu'à son identité. Mais cela ne pouvait pas être aussi simple, n'est-ce pas ? Non, il fallait qu'elle soit dotée d'une volonté de fer, prête à tout pour tirer de sa bouche les mots qu'elle voulait entendre. Pourquoi traînait-il ces gens dans la boue ? Pourquoi inondait-il de sa haine ces personnes qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam ?

Relevant les yeux vers elle, il entrouvrit les lèvres, mais il ne parvint pas à articuler le moindre propos. Il était terrifié, en vérité. Mis en face de ses propres contradictions, de sa démence, de sa lâcheté, de son âme répugnante, Clive ne parvenait plus à maintenir son image de "Grincheux effrayant".

Faire peur aux enfants, à ses voisins, c'était tellement aisé. Il aurait dû en être de même pour elle. Pourtant, elle était là, devant lui, après avoir pénétré sans vergogne dans son refuge, prenant possession des lieux comme s'ils avaient toujours été siens. Elle était là et elle ne partirait pas tant qu'elle n'aurait pas des réponses.

Il n'avait qu'à mentir, n'est-ce pas ? Dire qu'il faisait ça pour l'argent... Parce que cela l'amusait... Quelque chose du genre. Elle aurait sa réponse et elle filerait comme le vent. Peut-être prendrait-elle sa revanche sur lui, au passage... Quelle importance, au fond ? Ce n'était pas comme s'il ne le méritait pas. Elle n'avait qu'à le punir pour ses infamies. Le soumettre à la douleur. A la souffrance pure. Le tuer, peut-être. Au moins pourrait-il retrouver Brianna...

Clive prit une profonde inspiration, tentant de calmer les battements affolés de son coeur. Jouant nerveusement avec la ceinture de son peignoir, tout en continuant à dissimuler maladroitement sa main désartibulée, il entreprit d'articuler laborieusement :

"J-Je... J-J'ai... J-J'ai..."

Les mots restaient coincés dans sa gorge. Inaccessibles. Son propre corps le forçait au mutisme, laissant échapper sa seule chance de voir Alexis partir de chez lui pour ne plus revenir. Pas de fuite possible. Ou peut-être que si.

Avisant la porte de la salle de bains, il s'y précipita en un clin d’œil et la ferma à clé, entassant divers objets dans une tentative désespérée d'empêcher Alexis de le débusquer dans son nouveau refuge.

Passant sa main ensanglantée sous l'eau, il réussit tant bien que mal à crier un "F-Foutez-moi la paix !" avant de grimacer de douleur en constatant l'étendue des dégâts. La peau de son index était partie en lambeaux et son majeur semblait avoir diminué de moitié. Son regard ne s'attarda pas sur son pouce, qui n'était guère plus qu'un moignon sanguinolent.

Il n'avait pas sa baguette sur lui, l'ayant stupidement laissé dans le tiroir de sa table de nuit. Il se contenta donc d'envelopper sa main dans une serviette, retenant tant bien que mal un gémissement douloureux. Il se recroquevilla ensuite contre sa douche, le souffle court, le regard rivé vers la porte. Elle n'allait pas abandonner, c'était certain. Combien de temps avant qu'elle n'entre et ne lui fasse payer son affront ?

Crispant ses mains sur son crâne, il se mordit les lèvres, tandis que ses lunettes glissaient de son nez et atterrissaient sur le sol carrelé dans un bruit sourd. Dans une tentative désespérée de la voir partir, il s'écria d'une voix où se laissait deviner un véritable sentiment de terreur :

"Je ne s-suis pas c-celui que vous c-cherchez ! Allez-vous en !"

Plusieurs fois, il répéta cette dernière supplique, jusqu'à la murmurer d'une voix à peine audible, le souffle court, le corps tremblant. Son regard se posa sur le sol, qui se tachait de rouge à cause de sa main désartibulée. Dans un état second, il s'empara d'une lingette et frotta avec force, marmonnant des mots qui ne semblaient pas avoir de sens.

Ce fut cet instant que le téléphone rouge choisit pour sonner. Bien sûr, il était cassé et n'émettait, en vérité, aucune sonorité. Mais Clive l'entendait. Un bruit strident qui lui vrillait les tympans et lui signalait que Brianna était là, à l'attendre, à vouloir lui parler...

"J-J'peux pas... J'peux p-pas répondre... Laissez-moi..."

Il voulait boire. Boire jusqu'à s'endormir. Boire jusqu'à oublier. Boire jusqu'à mourir, peut-être...
Dragon Noir Coeur chaud et griffes d'acier

avatar


Lumos
Identité
Clan

Feuille de personnage
Caste: Isis
Clan: Sombral
Sang: Sang-mêlé



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Jeu 2 Avr - 16:30







La quête du râle
Clive & Alexis


Désespérant. Tout cela était désespérant. Mes yeux roulèrent dans leurs orbites lorsque l’homme alla se carapater dans sa salle de bain. La clé tourne avec empressement dans la serrure et le son caractéristique de meubles que l’on déplace craquèle le silence qui avait suivi sa tentative inachevée de me répondre. Derrière la porte close je l’entends bouger, s’agiter, chercher quelque chose, marmonner et enfin de l’eau qui coule ponctué d’un « F-Foutez-moi la paix ! » hurlé avec peine. Mon regard dardait le panneau de bois, comme s’ils pouvaient en perce la matière et continuer à dépouiller l’homme qui s’y cachait. Lentement, j’entame un mouvement pour me rapprocher de la pièce, avant de me raviser, jetant mon dévolu sur le reste de l’appartement. Sur une table trônait quelques parchemins, des articles de journaux, des plumes et des encriers. Pourtant rien n’était en désordre, chaque chose était à sa place, méthodiquement posé, avec une attention maladive qui trahissait tout ce que la personne était. Un bloc nerveux, empli de rituels presque inconscient. Une occupation du corps pour occuper l’esprit. Il paraissait comme enfermé dans un monde aux repères différents des nôtres. De la pitié, oui c’était de la pitié qu’il finissait par m’inspirer.« Je ne s-suis pas c-celui que vous c-cherchez ! Allez-vous en !». Délicatement, mon doigt filandreux souleva un coin d’article de journal pour découvrir des mots écrits sur un bout de parchemin. Des mots hargneux, plein de boue et d’amertume. Un sarcasme qui fit écho au mien. Pourtant jamais l’idée ne me serait venue de m’en prendre à des personnes comme ça, au hasard, pour déverser ma haine envers un certain type de personne. Pourtant de la haine, de la colère, j’en ai à revendre. Elles sont-là, tapis dans les recoins de mon âme, prêtent à surgir à la moindre occasion. Cette situation à quelque chose de déroutant. J’ai envie d’aller le chercher par la peau du cou, l’obliger à assumer ses actions, à répondre de ses crimes. Pourtant je devine que les menaces ne serviront à rien. La peur le mur dans un silence obstiné. Son comportement a tout d’un homme perdu, acculé par des souvenirs, des pensées qui le rongent, comme le sel marin ronge la roche. « J-J'peux pas... J'peux p-pas répondre... Laissez-moi... » De nouveau sa voix traverse la porte, faible rempart qui nous sépare. Mes doigts replacent délicatement les parchemins en place, lectrice invisible de mots inintéressants. Un long soupire s’échappe de mes lèvres sombres, brise légère de la déception. Ma démarche coulante se glisse jusqu’à la porte sombre. Je pourrais partir maintenant, transplaner et laisser cet homme dépérir seul dans sa vie misérable. Mais l’idée que sa plume pourrie pourrait encore associer mon nom à un mot puant me commande de rester. Une partie de moi à envie de lui secouer le crâne pour l’obliger à retrouver l’homme qu’il est encore, enfoui derrière le fantasme de ses pensées. Mensonge de la vie qui l’enivre dans ses bras vaporeux. Son comportement m’exaspère.

Debout face à la porte j’écoute le demi-silence qui s’est installé. De faibles murmures, comme une mélodie raillée émane de la pièce. A-t-il lui-même conscience de continuer de parler Ou bien délire-t-il complètement ? Ma main se pose doucement sur le panneau de bois, voile sombre et froid. Je réfléchis. Dans un silence complet je rassemble mes pensées, cherchant une solution à cette situation. Entrer de force dans son appartement a déjà été un acte fort et traumatisant pour lui. Eventrer sa porte de salle de bain n’est pas une option valable pour moi. Je pourrais transplaner dans la pièce, mais sans doute il a protégé son appartement contre ce type de magie. Au fond, je ne suis pas une mauvaise personne. Un dragon ne cherche pas le mal par essence, il est simplement toujours sur la défensive, prêt à défendre sa vie corps et âme. Lentement, ma main glisse le long du bois de la porte dans un doux frottement. Caresse voilée d’une main meurtrière déçue de ne pouvoir venger son offense.

Mes pas s’éloignent à nouveau dans un son étouffé. Guépard souple et fluide dans une cage trop propre, aseptisée, impersonnelle. Où sont tous les souvenirs de cet homme dont les années sont plus importantes que les miennes ? Où sont les photos, les bibelots ? Les vestiges d’une vie, d’attachements. Tout cela n’existe pas ici. Seul un vieux téléphone moldu trône au milieu de cet espace nu. Un vide angoissant de la même nature que celui qui avale mon énergie du fond de mes entrailles. Mes mains attrapent une bouteille rangée dans un placard, elle tourne lentement entre mes doigts et e liquide clapote doucement contre sa prison de verre. Le whisky presque vide capte les rayons de lumière et miroite de sa belle couleur ambrée entre mes doigts. Je suis décidée à attendre, patiente comme la lune qui attend son heure pour étendre son halo froid sur le monde endormi. D’un geste lent j’attrape un verre parmi ceux qui ornent l’évier, tous aussi propre et poli les uns que les autres. L’odeur de l’alcool m’arrache un haussement de sourcil et, d’un air dépité, je referme la bouteille sans même m’en servir une goutte. Replaçant l’objet à sa place je tire une plus petite bouteille de ma cape d’hiver. La couleur de la robe ambrée est plus foncée et plus riche. On y devine toutes les couleurs des monts Ecossais. Les MacFusty n’ont pas pour habitude de boire n’importe quel whisky qui se présente à eux et mes papilles savourent plus volontairement celui que nous produisons nous-même, dans la distillerie de l’oncle Bonnie. J’aime le son délicat du liquide coulant dans le verre. Il a quelque chose d’apaisant, comme un doux clapotis d’été, dans un océan lisse comme une boule de cristal. Son odeur boisée m’arrache un demi-sourire. Sans jeter le moindre coup d’œil vers la porte de la salle de bain, je m’installe, dos à celle-ci, le regarde plongé dans une des rares fenêtres qui illuminent la pièce. Ma main plonge à nouveau dans la poche de ma cape pour agripper une petite boite de cuir dont le clapet claque doucement sous la pression de mes doigts. D’un geste machinal, le papier roule sous mes doigts et l’odeur âcre du tabac noir envahit mes narines. Une petite flamme vient embraser l’extrémité de ma cigarette dont le papier est aussi noir que le tabac et lentement, je tire une première bouffée dont la fumée qui s’en réchappe forme un léger voile noir devant moi. L’avantage de ce tabac magique africain, outre l’aspect mystérieux, est l’absence d’odeur qui s’en dégage une fois brûlé. Je suis prête à attendre toute la journée s’il le faut. Pourtant, ma voix finit par rompre le silence « Je vous invite à prendre un verre, si l’envie vous en dit. Vous pouvez me rejoindre ». Toujours sans un regard en arrière, ma voix n’a pourtant rien de vraiment chaleureux, mais ses contours sont moins acérés qu’auparavant.





© Artchie



Spoiler:
 

_________________
Invité

avatar

Invité

Lumos
Identité
Clan



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Jeu 2 Avr - 23:15

L'intruse prenait possession des lieux avec une telle aisance que Clive commençait à se sentir étranger dans sa propre demeure. A travers la sonnerie stridente et imaginaire du téléphone qui vrillait sa cervelle, il pouvait l'entendre remuer des affaires, déambuler dans l'appartement, se servir un verre... Elle s'était approchée de la salle de bain, faisant rater un battement au chroniqueur, avant de s'éloigner, ne l'attaquant pas immédiatement, comme un chat pourrait s'amuser avec la petite souris qu'il avait choisi pour proie.

Clive ne savait plus vraiment où il en était. Voilà des années que le désespoir rongeait peu à peu sa raison et le laissait dans un équilibre précaire, prêt à basculer à tout moment dans une folie dont il ne pourrait plus s'extirper. Souvent, il avait frôlé l'irréparable. Ses pensées étaient parties loin, très loin, et chaque instant qu'il consacrait à ses rituels ou à ses conversations avec Brianna pouvait marquer le commencement de son égarement dans la démence la plus pure.

Pourtant, il s'accrochait à ce qu'il lui restait de raison. Avec toute la force qu'il pouvait trouver en lui. Pourquoi ? Il n'en était pas bien sûr... Pour Brianna, peut-être. Pour ce passé qu'il ne voulait pas avouer qu'il regrettait amèrement. Pour le Clive d'autrefois, si naïvement heureux à écrire ses histoires de dinosaure auprès de sa bien-aimée. Pour toutes sortes de choses, en vérité.

La haine l'aidait à ne pas perdre pied. A se concentrer sur quelque chose et oublier la souffrance qui réduisait impitoyablement son coeur en miettes. La haine, les rituels, le ménage, l'alcool... Tout était bon à prendre pour se détacher de ses propres pensées, de ce que son présent impliquait et de tout ce que ses épaules n'avaient pas la force de supporter. Il fuyait. Mais il y avait aussi des instants desquels il ne pouvait pas s'échapper. Comme celui-ci.

Son antre avait été sauvagement envahie. Son repère n'était plus vraiment le sien et il avait la désagréable et absurde impression d'avoir été chassé de lui, obligé de se cloître dans sa propre salle de bains pour se préserver d'un danger ô combien angoissant. Alexis était là. Il avait choisi la mauvaise cible, prise par pur hasard, et récoltait ce qu'il avait semé. Il devait y avoir un Dieu quelque part. Un Dieu qui le détestait irrationnellement depuis sa plus tendre enfance et avait pris plaisir à le faire mourir à petit feu, tel un enfant d'une innocente cruauté posant sur une fourmi sa loupe criminelle.

Le téléphone ne cessait pas de sonner. De temps à autre, Clive cessait de se soumettre à son nettoyage, plaquait ses mains sur ses oreilles, demandait le silence, avant de retourner à son rituel et à ses murmures insensés. La peur de l'instant présent l'empêchait de retrouver son sang-froid, de reprendre ses esprits et d'agir comme il aurait dû le faire. Au lieu de cela, il se cachait comme un enfant pris en tort et se laissait lentement aller à la folie qu'il s'était pourtant juré de combattre avec poigne et rage...

Ce fut la voix d'Alexis qui rompit le semi-silence dans lequel ils étaient plongés, cette même voix qui parvint à le tirer de sa torpeur et à attirer son attention. Il lui fallut quelques instants pour revenir pleinement au coeur de la réalité et comprendre ce que la jeune femme attendait de lui. Plus que la surprise, ce fut la méfiance qui s'empara de son être, une paranoïa insidieuse et délirante qui le poussait à croire qu'Alexis lui mentait et lui tendait un piège. De quelle nature ? Il l'ignorait...

Pourtant, en dépit de cette peur qui le rongeait et des scénarios absurdes qui se jouaient dans son crâne, Clive prit finalement la décision de se lever et de quitter son refuge. Il déroula sa serviette ensanglantée et la déposa lentement dans un panier hors de sa vue, avant d'entreprendre de soigner sommairement ce que sa maladresse avait causée. Au moins sa main était-elle bandée... La souffrance était toujours là. Presque à hurler. Mais il ne cherchait pas véritablement à la faire disparaître.

La douleur l'aidait à regagner ses esprits. Et il l'acceptait, telle une punition divine ou un message de Brianna, qui avait cessé de faire sonner ce téléphone depuis quelques minutes déjà. Une douleur qu'il méritait. Une douleur qu'il endurait... Comme le reste. Tant bien que mal.

Ramassant ses lunettes, il les jucha sur son nez et, d'une démarche hésitante, entreprit de dégager la porte de la salle de bain et d'en sortir. Il ouvrit et ferma la porte plusieurs fois, la présence de la jeune femme en son refuge le perturbant suffisamment pour réitérer cette habitude absurde, avant de s'en estimer satisfait.

Alexis était toujours là. Bien sûr. La vue de sa cigarette le fit grimacer et ses premières pensées allèrent à la cendre qui allait s'égarer sur son sol. Il eut toutes les peines du monde à concentrer son esprit sur la situation la plus urgente, son regard allant des yeux froids et intimidants de la jeune femme à cette cigarette qui semblait presque l'hypnotiser.

Il secoua la tête, frottant ses tempes, oubliant définitivement de dissimuler cette main qu'il avait honteusement diminuée par son transplanage raté. Il devait garder la raison... Ou le peu qu'il lui en restait, tout du moins...

Observant Alexis, Clive n'osa pas s'approcher d'elle, malgré son désir presque irrépressible de se jeter à ses pieds pour nettoyer les cendres éventuelles que sa cigarette pouvait disperser. Il resta à une distance de sécurité, marchant d'une démarche pesante jusqu'au frigo pour en tirer une bouteille, la serrant contre lui comme un enfant le ferait d'une peluche.

Puis il consentit finalement à s'asseoir, s'affalant sur une chaise, débouchant la bouteille avant de s'attaquer à son contenu, directement au goulot. Après plusieurs gorgées, il sentit une certaine chaleur envahir son organisme et atténuer la peur qu'il ressentait. Il fut alors en mesure de s'exprimer, lui qui était jusqu'alors trop effrayé pour articuler le moindre mot :

"E-Éteignez cela, s-s'il vous plaît. L-La... La fumée me d-dérange."

Ce n'était pas le cas. C'était un mensonge. Un stupide mensonge, qui plus est, qui n'avait pas vraiment lieu d'être. Une habitude qu'il avait pris... Mentir. Mentir à propos de tout. A tout le monde. A lui-même, surtout.

"V-Vous voulez quoi ? Des e-excuses ? J'vous en f-fais, si vous y tenez tant..."

Il reprit une gorgée, cherchant l'ivresse. Bien sûr, il serait plus vulnérable qu'il ne l'était déjà. Mais il n'en aurait pas conscience, au moins.

"D'solé. V-Voilà, c'est dit. La porte est j-juste là. V-Vous pouvez garder le verre, c-c'est offert par la maison."

C'était surtout qu'il ne parvenait pas à s'imaginer boire dans un verre utilisé par un autre, sans sa permission. C'était... C'était impossible. Cette simple idée suffit à lui donner des frissons et il commença à jouer d'une main avec la ceinture de son peignoir défraîchi, l'autre main, blessée, serrant d'un geste tendre la bouteille contre son corps.
Dragon Noir Coeur chaud et griffes d'acier

avatar


Lumos
Identité
Clan

Feuille de personnage
Caste: Isis
Clan: Sombral
Sang: Sang-mêlé



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Ven 3 Avr - 22:53







La quête du râle
Clive & Alexis


Je souillais son intimité. Cela se lisait clairement dans son regard inquisiteur lorsqu’il consenti enfin à sortir de sa cachette. Comme un rapace sans scrupule je le dépossédais de sa bulle protectrice, je la ravageais. Tout cela se lisait dans les plis de ses yeux, dans les tics nerveux de sa paupière, dans l’affolement de ses regards qui allaient de ma cigarette, au sol, à la table, au verre. J’étais une intruse dans son monde intérieur. Et pourtant, je n’arrive pas à m’en vouloir. Cet homme m’exaspère, il m’épuise même. Son entêtement ridicule et ses gestes pressés ont fini par avoir raison de ma colère blanche. Il ne me reste que l’exaspération sans borne, désabusée par ce monde difforme plein de contradictions. Ce monde trop lâche pour nous laisser en paix vivre nos histoires dans notre coin. Le bonheur n’est qu’éphémère et teinté de regrets, d’abandons, de blessures, de renoncements. Oui c’est le mot, le bonheur n’est que renoncement. Il me faudrait renoncer à l’espoir de sentir à nouveau la main Tomas caresser mon visage pour pouvoir apprendre à aller de l’avant. Il me faudrait renoncer à haïr tout un pan de notre civilisation pour parvenir à pardonner et, espérer, un jour, retrouver un semblant de bonheur. Il me faudrait renoncer à ces promesses murmurées sur leurs corps mutilés, baignant de sang. Je ne peux pas. Ces choses-là sont trop attachées à moi pour que je puisse un jour parvenir à le sortir de moi. Elles ont mêlées leurs fils à ma chair, comme une excroissance, empêtrées à jamais au plus profond de mes entrailles, elles ont tissé leurs toiles chargées d’épines.

Mes iris sombres suivent les moindres de ses mouvements, toujours perçantes l’épient avec insistance. D’un pas apeuré, mal assuré, il avança vers le frigo pour en sortir une bouteille qu’il serra contre son torse avec force et réconfort. Pathétique. A croire que j’avais des crocs. Lentement je portais la cigarette à mes lèvres pour en tirer une nouvelle bouffée inodore. Tout le goût du tabac passait dans ma bouche, ma salive, pour atteindre mon sang et libérer son étrange pouvoir calmant. Sans être à proprement parler une drogue, ces feuilles séchées avaient le don de calmer les ardeurs de mon cœur ardent. D’une démarche toujours pesante il s’approche d’une chaise se laissant choir comme un vieux chiffon. Une véritable loque humaine, même un scroutt à pétard est moins repoussant que lui, ainsi habillé, marinant dans une robe de chambre visiblement portée jour et nuit. De son être entier se dégage une désagréable odeur de gnome mouillé. Sans même prendre la peine de se servir d’un verre, il bût à plusieurs reprises de sa bouteille avant d’ouvrir la bouche, moins affolé qu’auparavant. Encore une fois mon instinct de fauve ne m’avait pas trompé. Mais la victoire n’avait rien de glorieux, il est plus translucide que ses petites chroniques et n’importe qui aurait aisément deviné ses penchants rien qu’en observant le battement de ces cils. « E-Éteignez cela, s-s'il vous plaît. L-La... La fumée me d-dérange. » Sans un geste mais avec un regard non moins éloquent il désigne le petit bout de papier qui se consomme doucement entre mes doigts effilés. Non une certaine arrogance dans le regard, devenu soudain plus sauvage qu’auparavant, je tire une dernière et longue bouffée avant de reposer la cigarette aux trois-quarts brûlée dans une petite poche de ma boite de cuir de dragon prévue à cet effet. Si je m’accorde ce plaisir solitaire, j’ai appris à ne pas le laisser trainer chez les autres. Son aspect est trop étrange et suscite trop de curiosité pour que je prenne le risque qu’on en découvre le secret sans mon accord. « V-Vous voulez quoi ? Des e-excuses ? J'vous en f-fais, si vous y tenez tant... » Mon regard se rive au sien, sans détour. L’alcool lui délie plus la langue que je ne le pensais. Ses bougonnements font arquer un de mes sourcils alors que je porte à mon tour mon verre presque vide à mes lèvres. Le whisky coule avec chaleur le long de ma gorge se mêlant aux doux parfums des herbes. Un délice dont je suis presque navrée de m’accorder dans un tel face à un tel personnage. « D'solé. V-Voilà, c'est dit. La porte est j-juste là. V-Vous pouvez garder le verre, c-c'est offert par la maison. » Un léger ricanement trésaille entre mes lèvres à peine entrouvertes. Il croit donc que c’est si simple que cela ? Que je n’attends que ça ? Pense-t-il vraiment que j’aurais fait le déplacement pour de simples excuses impunément lancées au vent et même pas véritablement pensées ? « Voyons mon cher Clive, puisque vous reconnaissez enfin être bien l’homme que je cherche, vous ne pensez tout de même pas que je vais vous croire sincère ? Même un centaure ment mieux que vous » ce qui est un comble quand on connaît l’aversion de ceux-ci pour de telles pratiques. « Je vous ai déjà dit ce que je voulais, comprendre pourquoi un tel acharnement, un tel tissu de mensonge hargneux envers ma personne. Cela vous amuse ? Vous défoule sans doute. Mais tout de même, je ne comprends pas ce qui vous pousse à faire des autres des monstres qu’ils ne sont pas. Vous ne savez rien de moi, de ma vie. Vous avez insulté bien plus qu’un nom dans votre torchon et c’est de cette insulte dont je viens chercher vengeance. » Une voix clame, posée, implacable, sans émotion. Aussi trompeuse qu'une mer d'huile. Aussi terrible que l’œil du cyclone. Délicatement mes yeux se posèrent sur sa main ensanglantée qui seraient sa bouteille contre lui avec fureur. Le sang tâchait son bandage de fortune depuis son entrée dans la pièce, pourtant je n’avais rien avancé à son sujet, pour le moment. Certes, mon cerveau se posait mille questions sur les conséquences d’un tel drame. Avait-il essayé de mettre fin à ses jours derrière cette porte avant de se raviser ? Ou bien était-ce le fruit d’un sort raté ? La deuxième solution me paraissait la plus pertinente. Or, jusqu’à présent, sa baguette magique était restée absente de sa détresse, comme un simple moldu, il s’était tenu face à moi, acculé contre son lavabo, incapable de prononcer un mot. C’était déroutant. N’importe quel sorcier digne de ce nom aurait sollicité l’aide de l’amie qui ne la quitte pas. La mienne ne risque plus jamais de me quitter. Pas après le drame contre lequel elle a été inutile. J’échangerai volontiers sa vie contre l’embrassade d’un Détraqueur derrière les barreaux d’Askaban. Si j’avais connu, alors, les limbes dans lesquelles je passerais le reste de ma vie. « Que vous est-il arrivé ? Vous ne vous êtes tout de même pas rongés les ongles jusqu’au moignon ? » Mon humour est douteux, le ton sarcastique. Soudainement, mon envie de gifle me reprend. Je voudrais secouer ce vieil arbre qui se laisse pourrir sur racine. D’un geste de poigner fluide, ma baguette trouva le chemin de ma paume, discrètement, comme un serpent de sable chaud contre la peau de mon bras. « Je peux peut-être vous aider à nettoyer tout ça » marmonnais-je finalement, agacée par la vue de ces tâches de sang qui augmentent lentement, buvant avec avidité la blancheur du bandage. Trop de choses ici me ramènent dans mes souvenirs les plus sombres, comme un voile malsain qui recouvrirait la pièce. Une nouvelle gorgée chaude éloigne un instant le dégoût qui soulève mon estomac en souvenir de ce corps sans vie, dans un flot incessant de liquide poisseux. D’un geste souple j’attrape ma propre bouteille pour me servir un nouveau verre ambré au parfum envoûtant.  



© Artchie



Spoiler:
 

_________________
Invité

avatar

Invité

Lumos
Identité
Clan



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Sam 4 Avr - 23:45

Bien sûr que son pardon n'avait rien de sincère. Il n'avait même pas cherché à être subtil ou un tant soit peu convaincant. Clive n'avait pas la foi de revêtir le plus bluffant de ses masques. Cette présence intrusive dans son domaine l'épuisait et le laissait sans ressources, incapable de défendre son territoire, de se préserver de ce danger qui le menaçait, le perturbait, le dérangeait.

Il voulait juste retrouver sa tranquillité, aussi relative soit-elle. Etait-ce trop réclamer au Dieu moqueur qui se riait de sa lente agonie ? Probablement, oui. Clive ne se rappelait pas d'une seule prière de sa part ayant abouti à un contentement, de quelque sorte qu'il soit. Non pas qu'il soit particulièrement croyant, de toute manière... Il avait cessé d'avoir le moindre doute sur la non-existence d'une divinité quand Brianna avait quitté ce monde. Aucun Dieu sensé n'aurait permis à Clive de vivre et à sa femme de mourir.

Le regard du Chroniqueur se posa sur le téléphone rouge, avant de s'en détourner prestement, par crainte de l'entendre sonner à nouveau, par peur qu'Alexis ne s'en prenne à la seule chose qui avait réellement de la valeur à ses yeux.

Elle voulait se venger de l'affront qu'il lui avait fait subir ? Qu'elle s'en prenne à lui, dans ce cas-là ! Qu'elle déverse sur lui sa colère, qu'elle le torture, qu'elle le tue, si c'était là son souhait... Il ne s'y opposerait pas. Il ne chercherait même pas à se défendre. A quoi bon ? La vie n'avait aucun attrait pour lui. Elle n'avait plus de sens depuis que Brianna avait cessé d'exister, de n'être plus qu'une voix à travers le combiné de leur téléphone.

Reprenant une gorgée de whisky, il cessa de jouer avec la ceinture de son peignoir pour rajuster ses lunettes, marmonnant d'un ton approximatif :

"A-Allez-y, vengez-vous, p-personne ne vous en empêchera. Il n'y a pas u-un seul être sur cette Terre qui me r-regrettera. Vous n'avez qu'à considérer que v-vous rendez un service à l'humanité."

Un rire sans joie se fit son chemin à travers sa gorge, avant de s'interrompre dans une toux grasse. Il soupira, colla le goulot contre ses lèvres et reprit quelques lampées, se nourrissant de la chaleur d'ivresse qui emplissait son être et son âme. La bouteille presque vide, il s'en détourna et pencha la tête en arrière, les yeux ouverts sur un horizon qu'il était seul à percevoir.

Il attendait. Il attendait que la fin arrive. Que le couperet s'abatte. Il n'avait pas peur, non. Au contraire. Clive était... impatient. Curieux. Jusqu'à quel instant pourrait-il supporter la souffrance ? Qu'est-ce qui le ferait basculer de vie à trépas ? Comment était l'au-delà ?

Mais, au final, toutes ces questions n'avaient pas de réelle importance à ses yeux. Une seule interrogation l'obsédait vraiment, serrait son coeur, tordait ses tripes, faisant battre à vive allure un coeur fatigué par des années de maltraitance : Etait-elle en train de l'attendre ?

Il voulait mourir pour retrouver Brianna. Mourir et passer l'éternité à ses côtés. Quand bien même lui avait-elle fait jurer de continuer à vivre, de tourner la page, de mener une longue et paisible existence... Mensonge, tout ça, ce n'était qu'un mensonge. Un mensonge pour lui permettre de partir en paix. Pour ne plus voir ses yeux s'emplir de larmes de regret.

Il mentait, encore et encore, aux autres et à lui-même. Pourtant, lorsqu'Alexis l'interrogea sur sa main ensanglantée, ce fut la vérité qui s'extirpa de sa bouche. Effet de l'alcool ? Lassitude ?
Toujours était-il que, se redressant pour plonger son regard hanté dans celui de la jeune femme, il dévoila à son interlocutrice une vérité amère, qui se termina dans un rire cynique, teinté d'une folie douce :

"Cela vous amuserait si c-c'était le cas, n-n'est-ce pas ? Une tentative r-ratée de transplanage. P-Parce que j'ai voulu v-vous fuir, oui ! C-C'est pathétique, vous ne trouvez pas ?"

Il leva à nouveau les yeux vers le plafond, se perdant dans une image du passé, le visage de celle qui avait su faire fondre son coeur tout autant que sa disparition l'avait réduit en miettes. Il murmura encore, s'adressant à son souvenir, à ce passé dont il ne s'était jamais détaché :

"C-C'est pathétique... Tu ne trouves p-pas ?"

Il pouvait presque la voir hocher la tête. Brianna était franche. Franche et dure. C'était ce qu'il aimait, chez elle. Elle ne mettait pas les formes. Quand elle avait quelque chose à dire, elle le faisait, quitte à heurter son interlocuteur. C'était tellement plus courageux, plus admirable que ses mensonges incessants, auxquels il se raccrochait comme il le ferait à une bouée de sauvetage...

Quand Alexis suggéra de soigner sa main, il fit reculer sa chaise, s'éloignant un peu plus de celle qu'il considérait comme une menace terrifiante. Il secoua la tête, déposant la bouteille sur le sol, pressant sa main ensanglantée contre son corps. Il la caressa d'un mouvement maladroit, murmurant d'une voix lointaine :

"P-Personne ne peut m'aider. P-Personne ne doit m'aider. La souffrance est s-salvatrice."

Il ne savait probablement pas ce qu'il disait lui-même. Il avait mal. Il était ivre. Il était fou, fou de douleur, fou de chagrin, fou de colère... Fou, tout simplement. Il se balança quelques instants sur sa chaise, caressant sa main, défaisant lentement les bandages et dévoilant l'étendue des dégâts. Son regard se fixa sur le tissu ensanglanté, fasciné par ce rouge qui se faisait plus éclatant encore en contraste avec le blanc.

Du sang, du sang encore humide, du sang séché, du sang, du sang... C'était tout ce qu'il méritait, après tout. Saigner. Souffrir. Mourir.

"J-Je n'ai pas besoin de v-vous. Personne n'a besoin de moi. P-Partez."

Tant bien que mal, il détacha son attention du tissu rougi par l'hémoglobine, clignant frénétiquement des yeux. Puis il se saisit à nouveau de la bouteille, contemplant son contenu avec une certaine déception. Le frigo lui semblait si loin... Et pourtant, il avait encore soif... Si soif...
Dragon Noir Coeur chaud et griffes d'acier

avatar


Lumos
Identité
Clan

Feuille de personnage
Caste: Isis
Clan: Sombral
Sang: Sang-mêlé



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Lun 6 Avr - 22:39







La quête du râle
Clive & Alexis


Tel un guépard aux aguets, je guette le moindre de ses mouvements. Animal sauvage aux réflexes aguerris, je ne relâche pas ma surveillance, même lorsque mon regard sombre plonge dans les profondeurs ambrées de mon verre, mes sens restent en éveil, prêts à bondir sur ma proie. Les doits nerveux de sa main valide jouent avec la ceinture du peignoir tandis que l’autre serre la bouteille de whisky et la porte, à intervalles régulier, à ses lèvres. Ses yeux me fuient, se posent tantôt sur le carrelage à mes pieds, tantôt sur le verre que je tiens entre mes griffes, tantôt dans le vague. Mais irrésistiblement ils semblent être attirés par ce vieux téléphone moldu débranché. Un modèle des vieilles années, aussi rouge que le sang qui s’épand sur son bandage.  Qu’a-t-il de particulier cet objet en apparence sans valeur ?  Que cache-t-il ? Sa baguette magique peut-être ? Ou alors un porteauloin ? Ou bien un artefact quelconque ? La question est intéressante mais sans réponse. Ses yeux ne s’y attardent qu’une demie seconde avant de s’en éloigner, comme repousser par une peur immédiate, une crainte qui contracte les muscles de son front. Lentement, mes doigts caressent le verre alors que je sens la chaleur de l’alcool réchauffer illusoirement l’intérieur de mes entrailles. Fausse douceur qui n’est qu’une pâle copie du bonheur. Le liquide de sa propre bouteille s’amenuise à vue d’œil et il finit par lâcher sa ceinture pour rajuster les lunettes sur nos nez. Geste qui s’accompagne d’un grommellement approximatif dont je distingue vaguement les mots. « A-Allez-y, vengez-vous, p-personne ne vous en empêchera. Il n'y a pas u-un seul être sur cette Terre qui me r-regrettera. Vous n'avez qu'à considérer que v-vous rendez un service à l'humanité. » Ma langue claque sèchement contre mon palais et mes iris flamboient avec encore plus de force et de férocité que précédemment. Quel est donc ce discours de dépressif ? C’est déplorable, même dans mes nuits les plus sombres jamais je n’ai eu un tel discours d’adolescent en mal d’attention. Le rire sans chaleur qui s’échappa de sa gorge pour se terminer dans une toux sèche qui semble lui arracher la gorge retient ma réponse. Dans un soupir il s’empare à nouveau de sa bouteille dans une envie évidente de noyer sa détresse dans ses ondulations mordorées. Je repose mon propre verre presque vide et me tourne légèrement sur ma chaise afin de lui faire complètement face. Cette loque humaine n’a donc plus rien à attendre de cette vie. Il la renie avec désabusement et remords. Son comportement entier était détestable, son laisser-aller me dégoûtait et plus je restais à l’observer, plus je démêlais son caractère, ses pensées, sa lente agonie. Sans doute un drame était venu couper sa vie en deux, le laissant sur le carreau, pas mort, mais pas tout à fait vivant non plus. Quel drame ? Peu importait. Le fait était là, il se laisser couler dans l’océan de cette vie intraitable qui continuait ses roulements sans se soucier des échoués et des noyés. Ses yeux se perdirent lentement dans un flot de souvenirs, ceux-ci coulent le long de ses rides comme, je peux en deviner le contenu amer aux froncements de ses sourcils et aux tressautements de ses iris. Lorsque je le questionnais sur ma main en sang, étrangement, pour la première fois de notre…entrevue, l’homme se montra amèrement honnête. « Cela vous amuserait si c-c'était le cas, n-n'est-ce pas ? Une tentative r-ratée de transplanage. P-Parce que j'ai voulu v-vous fuir, oui ! C-C'est pathétique, vous ne trouvez pas ? » Il s’était désartibuler…Un léger ricanement froid s’échappa de mes lèvres, il était décidément moins inoffensif que ses articles le laissaient présager. Dire qu’il n’avait même pas pensé à mettre en place un sortilège d’anti-transplange chez lui…Pour un chroniqueur aux mots aussi acérés que les siens, c’était chercher les ennuis. « C-C'est pathétique... Tu ne trouves p-pas ? » Il répéta la question, le nez en l’air, comme s’adressant à son plafond vide. A nouveau un de mes sourcils s’arque, étrange comportement que celui qui parle aux cieux comme s’adressant à une personne défunte. Nombreux sont mes compatriotes que j’ai vu agir de la sorte. S’adresser à ce dieu qui leur ravi tout leur monde sans un regard compatissant. Ces cieux désespérément vide et muet pour ceux qui l’implorent. Désillusion suprême du mensonge de cette vie assoiffée de sang et de larmes. Mes ongles crissent froidement contre la paroi de verre prisonnière de mes griffes. Rage terrible de l’orage qui fait rage, son petit spectacle commence sérieusement à me taper sur les nerfs. Même un troll des cavernes à plus de jugeote que ce Clive Victor Brody. « P-Personne ne peut m'aider. P-Personne ne doit m'aider. La souffrance est s-salvatrice. » D’une traite je finis mon verre qui claque sur la table et mes iris lui lancent des éclairs, pourtant il ne semble pas remarquer la colère dans laquelle ses paroles me transportent. Cette victimisation de lui-même me dégoûte. Peut-être car, quelque part, elle me rappelle ma propre détresse qui suivit la mort de Tomas, mon propre égarement, mes propres dérives. N’avais-je pas abandonné Marilyn du jour au lendemain, sans un mot, comme m’enfuyant de sa présence ? Comme une prisonnière échappée d’Askaban…Et combien je m’en repends aujourd’hui. Oui, il me rappelle mes propres erreurs, pourtant elles sont loin d’égaliser son désœuvrement. Jamais je n’ai eu de tels propos chargés de lâcheté. Jamais. Pour Tomas, pour notre enfant mort avant même d’avoir poussé son premier cri, pour l’injustice qui en est la cause, je ne peux pas rester à me lamenter sur mon sort. Ce serait un affront à son agonie sanglante. « J-Je n'ai pas besoin de v-vous. Personne n'a besoin de moi. P-Partez. » Cette fois s’en est trop. D’un bond je me lève, souple comme un guépard, rapide comme l’éclair ma main frappe sa joue rugueuse. Mes iris brillent avec éclat, diamants noirs miroitant dans un brasier sans fin. « Ca suffit maintenant vos jérémiades » Ma voix tranchante comme le roc et froide comme l’acier siffle entre mes dents serrées. « Vous n’êtes plus un gamin, vous avez visiblement été traumatisé par un événement dans votre vie, vous êtes pas le seul ici alors arrêtez de vous positionner en victime, c’est ridicule ». D’un nouveau mouvement de poignet ma baguette magique se retrouve dans la paume de ma main, prête à l’emploi. « Episkey » sans lui demander plus amplement son avis je lançais un simple sort de soin pour arrêter au moins l’écoulement sanguin qui commençait sérieusement à me déranger. « Si vous recommencez encore une fois à parler comme un adolescent qui se prétend être le plus mal aimé du monde je vous redonnerai une claque, je ne suis pas venue jusqu’ici pour vous entendre vous lamenter sur votre sort. Il ne tient qu’à vous de lever vos fesses et de vous reprendre un peu. Si vous êtes trop lâche pour vous tuer vous-même arrêtez de geindre sur vous comme ça. Si vous souffriez tant que ça vous vous seriez déjà jeté sous un train » Sans la moindre émotion autre que la colère je le fixe avec dureté et mon regard appuie chacun de mes mots lui faisant bien comprendre qu’ils représentent le fond de ma pensée.  



© Artchie



Spoiler:
 

_________________
Invité

avatar

Invité

Lumos
Identité
Clan



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Mer 8 Avr - 0:43

Il y avait d'abord eu ce verre, qu'elle avait claqué violemment sur la table. C'était la première chose qui l'avait fait réagir, détournant son attention de sa bouteille qu'il avait reposé sur le sol, de sa soif immodérée et de ses sombres pensées. L'avait-elle cassé ? Brisé ? Fêlé ? Et si elle avait abîmé la table par son geste inconséquent ?

L'angoisse se répandit dans ses veines, une angoisse irrationnelle à l'idée que son parfait petit "chez soi" ne soit plus aussi parfait, aussi immaculé. Sa propre hémoglobine avait déjà porté atteinte à son monde d'ordre et de maniaquerie, manquant de lui faire perdre pied. Mais si... si quelque chose s'était "dérangé" ? S'il y avait une fêlure, une cassure, quelque chose qui lui disait clairement "Ton monde n'est plus aussi propre, aussi sûr" ?

Pourtant, il ne trouva pas la force de bouger. Il se contentait de poser son regard sur le verre, de frissonner de crainte, de ronger ses ongles... Il restait sur place, immobile, immuable, rongé par un trouble qui le dévorait lentement depuis des années. Clive se sentait dépourvu d'énergie, de toute motivation qui aurait pu l'aider à avancer, à se lever ou même à succomber à ses démons, à se laisser emporter par sa maniaquerie, ses tocs...

Ce fut le moment que choisit Alexis pour réagir. Clive n'eut même pas le temps d'esquisser un geste. D'un bond, elle l'avait atteint et frappé. Plus encore que le coup, ce fut cette intrusion soudaine dans sa sphère intime qui bouleversa le chroniqueur. Emporté par un sursaut, il perdit l'équilibre et tomba de sa chaise, s'effondrant sur le sol, le souffle court. Dans le mouvement, ses lunettes avaient volé hors de leur perchoir, atterrissant bien trop loin pour que sa pauvre vision soit en mesure de les repérer.

Les mots de la jeune femme frappèrent avec justesse et dureté, même si Clive refusait de le reconnaître. Il avait suffi de quelques instants à Alexis pour voir à travers le masque aigri de l'homme, voir au-delà de ses simagrées et de ses troubles, distinguer le mari esseulé et traumatisé par la perte de la seule personne qui l'avait réellement aimé dans sa vie. Pourtant, Clive ne lui accorderait jamais cette victoire.

Même s'il s'agissait d'une criante vérité, il refusait d'accepter le fait que son chagrin l'avait rendu fou, incapable d'avancer. Qu'il était pathétique et qu'il était le seul à faire véritablement de sa vie un enfer en refusant de tourner la page. C'était tellement plus simple de blâmer le monde. De se venger de ces autres qui osaient s'accorder le droit d'être heureux alors que Brianna n'était plus...

Comment le monde avait-il pu continuer de tourner à sa mort ? Tout aurait dû s'arrêter... Tout aurait dû s'effondrer. Pourtant, les jours s'écoulaient, la vie se poursuivait, sans elle. Sans celle qui avait constitué son Univers, le laissant, aujourd'hui, dans la détresse la plus totale. La vie continuait.

La souffrance s'atténua, alors qu'Alexis lui imposait un sort de guérison duquel il se serait bien passé. Plaquant sa main contre son torse, il s'éloigna de la jeune femme en rampant presque, la respiration aiguë, le regard perdu. Il ne cessa ses gesticulations que lorsqu'il fut suffisamment loin pour être incapable de distinguer ses traits. Alexis n'était plus qu'une ombre. Une ombre issue de son imagination, essayait-il de se persuader...

Elle parlait, elle parlait, mais il refusait de l'entendre, de la comprendre. Il l'ignorait du mieux qu'il le pouvait, recommençant à jouer avec la ceinture de son peignoir, tentant de faire abstraction de ses mots qui visaient de plus en plus juste, frappant là où cela faisait le plus mal.

Ce fut à l'instant où elle suggéra qu'il était trop lâche pour se tuer et qu'il ne souffrait probablement pas assez pour l'envisager réellement que Clive fut incapable de poursuivre son petit manège.

Les poings serrés, il se redressa sur ses deux jambes, peinant à conserver son équilibre et, fronçant les sourcils pour mieux la distinguer, gronda d'une voix sourde et emplie d'une colère noire :

"Vous c-croyez me cerner, mais v-vous vous trompez. J-Je n'aurais jamais la l-lâcheté de me tuer. Je v-vis en épave, certes, mais je v-vis. C'est une promesse que j'ai faite et que je tiens depuis d-des années. Vous n'avez pas l-le droit de me juger."

Elle le jugeait et, pire encore, le méprisait. L'idée de lui rendre la monnaie de sa pièce lui traversa l'esprit et, déjà, il faisait quelques pas pour l'atteindre et mettre son plan à exécution : lui rendre la gifle qu'elle lui avait donné et l'escorter à l'extérieur de son refuge. C'était insensé, c'était stupide, mais c'était la seule idée que l'alcool lui avait soufflé.

Idée qu'il ne put mettre à exécution, son corps ayant décidé de le trahir à cet instant précis. Perdant son fragile équilibre, Clive trébucha et chuta, se retrouvant recroquevillé au sol, saisi d'un bref haut-le-coeur. Il chercha à se redresser, en vain, et se résigna à une position assise, les jambes étirées, ses bras soutenant tant bien que mal le haut de son corps.

A tâtons, il chercha ses lunettes, sans pour autant les trouver. Il abandonna vite la partie et se recroquevilla sur lui-même, marmonnant d'une voix lointaine :

"J'peux rien p-pour vous. Si v-vous voulez me t-tuer, faites. J-J'ai pas la liberté de m-mourir de ma propre main, autant que ce soit du f-fait de quelqu'un d'autre. V-Vous pouvez m'faire souffrir, aussi. J-Je l'aurai probablement mérité."

Un rire désabusé s'échappa de ses lèvres. Les jambes serrées contre son torse, il se balançait lentement d'avant en arrière, le regard dans le vague :

"Pourquoi v-vous êtes toujours là ? Pourquoi vous ne me f-faites pas payer le mal que j-j'ai pu faire ? C'est une perte de temps. Vous ne f-faites que... déranger..."

C'était bien le mot. Déranger... Dé-ranger... Alexis mettait en l'air son univers si propre et sécurisé, loin de toute réalité qu'il s'efforçait désespérément de fuir. Elle l'obligeait à faire face à ses propres démons, à réaliser ses torts, ses troubles, et ça, il n'était pas prêt à le faire. Glissant ses doigts à ses lèvres pour ronger ses ongles, il poursuivit son mouvement de balancier, le regard perdu dans le lointain, incapable de discerner clairement ce qui se passait autour de lui. Tout n'était que flou, ombres... Illusions...
Dragon Noir Coeur chaud et griffes d'acier

avatar


Lumos
Identité
Clan

Feuille de personnage
Caste: Isis
Clan: Sombral
Sang: Sang-mêlé



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex] Jeu 9 Avr - 17:21







La quête du râle
Clive & Alexis


Il chuta. Sous l’effet de ma claque son corps se déséquilibre et il tombe de tout son long sur le sol de son appartement. Pourtant je n’ai pas mis toute ma force dans le geste, juste de quoi lui remettre les idées en place tout en libérant un peu de cette frustration qu’il déclenche chez moi. Ses lunettes glissent à quelques mètres de lui, le laissant visiblement presque aveugle. D’un geste rampant il s’éloigne de moi, tel un vers de terre mal luné et je le regarde avec colère, l’œil terrible et froid. Je voudrais lui faire comprendre toute sa misère, le secouer une bonne fois pour toute pour chasser de son esprit toute cette fumée qui lui obstrue la vue et la compréhension. Je parle, je l’accable, pourtant il ne réagit pas, loque hagard qui ne cherche même plus à faire semblant de quoi que ce soit. Sa passivité m’exaspère, pourtant je continue, tapant là où ça fait mal comme on dit. Il finit par arrêter sa procession, le plus loin possible de moi et tandis que ses yeux me fixent ils semblent ne pas me regarder. Je repense alors à ses lunettes qui trônent toujours par terre, bien loin du nez de leur possesseur. Mes iris leur jettent un regard de dédain et je retourne à nouveau vers Clive, l’homme aux mots acerbes qui n’est rien d’autre qu’un serpent sans dent. Pourtant il finit tout de même par se relever, courroucé par mes propos. Je m’approche du but, petit à petit. Je lui rends la monnaie de son gallion. Lentement, mais surement. Tout comme ses mots accusateurs et profanateurs sont entrés dans mon intimité, ont blessés mon âme et humilié mon nom, je pénètre dans la sienne, écorche son cœur en ruine et crache sur sa personne insignifiante. « Vous c-croyez me cerner, mais v-vous vous trompez. J-Je n'aurais jamais la l-lâcheté de me tuer. Je v-vis en épave, certes, mais je v-vis. C'est une promesse que j'ai faite et que je tiens depuis d-des années. Vous n'avez pas l-le droit de me juger. » Sa voix tonne dans l’appartement, la colère aussi noire que ma peau transpire de ses yeux et ses poings serrés se font menaçant. Ainsi mes suppositions étaient justes. Et comment ne l’auraient-elles pas été alors que je devine en lui les mêmes douleurs qui qui engloutissent ma propre vie. Ma bouche s’entre-ouvre, prête à réponse, mais je n’en n’ai pas le temps. Son corps entâme un mouvement vers moi, je devine dans les éclats de son regard son envie profonde de me frapper, de lever ce faible point sur moi, pour me rendre l’affront que je viens de lui faire. Mais qu’il vienne, je l’attends de pied ferme ce maraud. Mais l’alcool aidant, il ne parvient pas à faire un seul pas. A nouveau son corps tout entier tangue avant de retourner au sol dans un amas de tissus. Même ce vieux Rusard à plus de prestance que cette ignoble personne. Avec difficulté il essaya de se relever sans y parvenir et préféra rester assis, à me contempler d’un air hébété tel un strangulot hors de son bocal. « J'peux rien p-pour vous. Si v-vous voulez me t-tuer, faites. J-J'ai pas la liberté de m-mourir de ma propre main, autant que ce soit du f-fait de quelqu'un d'autre. V-Vous pouvez m'faire souffrir, aussi. J-Je l'aurai probablement mérité. » D’un geste rageur je passais ma main dans ma chevelure. Plus il parlait plus sa personne me dégoutait et m’énervait. Il agissait et parlait comme un adolescent rempli d’hormones changeant, à ceci près que les adolescentes finissent par sortir de cet état. Lui semblait devoir y rester pour toujours. Un nouveau rire étrange sorti de sa poitrine alors qu’il effectuait à présent un mouvement de balancier, les jambes contre lui. « Pourquoi v-vous êtes toujours là ? Pourquoi vous ne me f-faites pas payer le mal que j-j'ai pu faire ? C'est une perte de temps. Vous ne f-faites que... déranger... » Un sourire narquois étira mes lèvres. Je venais à bout de cet homme plus facilement que je ne me l’étais imaginé. L’alcool délie toutes les langues. Dans un mouvement sans précipitation je m’approchais à nouveau de lui et, me baissant à son niveau j’attrapais son épaule de ma main griffue et plantais mes ongles dans sa peau telle un prédateur achevant sa proie. « Vous me faites bien rire avec vos belles paroles de promesse. Quelle que soit la personne à qui vous les avez faites elle doit se sentir bien trahis. Vous n’êtes pas mort, certes. Pourtant ce que vous faites ici ne s’appelle pas vivre. On ne pourrait même pas dire survivre. Pour survivre il faut du courage, de la volonté. Vous ne possédez ni l’un ni l’autre. Si vous aviez juré de rester en vie, vous ne devriez trouver aucun mérite ni aucun réconfort dans votre état actuel. J’aurais honte à votre place d’insulter ainsi une telle promesse. Celles-ci sont de celles qu’il ne faut pas prendre à la légère, or c’est justement ce que vous faites. Rien pour cette raison, je préfère mettre un terme à cette entrevue. Vôtre manque de discernement me dégoûte. » Peut-être essaie-t-il de se dégager mes ma main est ferme et mord dans peau sans ménagement. « Vous ne méritez pas de mourir d’une autre main que la vôtre. Personne ne devrait jamais se donner la peine de perdre son temps avec vous. » Mes iris se fixent dans les siennes qui me fuient. Mais je maintiens la pression avec férocité. Ma voix est glaciale et cache une colère profonde et dangereuse. « Je vous dérange. Parfait. C’est exactement ce que je chercher à faire. Vous déranger comme vous m’avez dérangez avec votre ramassis de mensonges. J’insulte votre intimité autant que vous avez insulté la mienne. Je piétine votre tranquillité comme vous avez tâché la mienne. » Je fini par le lâcher d’un coup vif, relâchant la pression et sans un regard je m’éloigne à nouveau de lui. Sur la table je me saisis de ma bouteille presque vide désormais. Il me faudrait retourner voir ce cher oncle pour me réapprovisionner. Qu’importe, après une telle rencontre j’ai besoin de voir un visage familier, d’entendre son rire chaud et de sentir le doux parfum du whisky effleurer mes narines. « Et je reviendrai piétiner votre semblant de vie à chaque fois que je devinerai votre plume diffamant mon nom et celui des sorciers plus méritant que vous. Vous feriez mieux de vous en prendre à des noms rendus sales par leurs propriétaires. » Lançais-je par-dessus mon épaule. « J’ai sût vous trouver une fois, je vous trouverez une seconde fois si vous décidiez de changer d’appartement. » Lentement je m’approche de la porte avant de m’arrêter sur son seuil. « Si j’étais vous, je protégerai un peu mieux ce taudis. Vous avez de la chance que je ne sois pas mal si mal intentionnée. Certains auront moins de scrupule que moi. » D’un geste souple je tends la main vers les verrous de la porte avant de me raviser. Je retourne prestement au centre de la pièce, lève ma baguette magique et d’un simple sort fait disparaître le verre que j’avais utilisé. « Vous n’aurez même pas à le toucher » lui lançais-je de manière sarcastique au visage avant de transplaner dans un craquement assourdissant.



© Artchie



Spoiler:
 

_________________



Contenu sponsorisé

Lumos
Identité
Clan



MessageSujet: Re: La quête du râle [Pv Alex]

La quête du râle [Pv Alex]
Page 1 sur 1