Free as a driving wheel ₪ Janxis
Dragon Noir Coeur chaud et griffes d'acier

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MessageSujet: Free as a driving wheel ₪ Janxis Mar 30 Juin - 22:32






Free as a driving wheel
Alexis & Jan


Ombre discrète dans la rue pavée d’Edimbourg mes pas avancent en silence parmi les autres sorciers de cette rue bondée. La journée étire ses premières heures de la soirée et le soleil disparaît déjà les hautes collines des Highlands. Après les longs mois passés à Poudlard j’avais presque oublié la lumière si singulière de cette capitale baignée d’histoire. Le ciel s’est paré d’un halo pourpre teinté du bleu océan dont on devine les embruns jusque dans les ses rues. Pourtant je ne prends pas le temps de m’arrêter contempler sur les hauteurs de la ville l’océan en contrebas. Mes idées sont trop sombres pour apprécier le paysage à sa juste valeur. Mes longs cheveux d’ébène dissimulent mes traits aux passants et ma cape aux couleurs des ténèbres serrent mes courbes avec sévérité. Et dire que j’avais commencé, doucement mais surement, à renouer avec mes éclats de rire de mon adolescence. Une certaine quiétude mêlée de gaité avait fini par retrouver le chemin de mon cœur brisé. Au contact de personnes aimables, de leur amitié et de leur chaleur la glace avait commencé à fondre, libérant de nouveaux torrents d’émotions dans mes veines. De tout cela il ne reste plus aujourd’hui que d’amers souvenirs, une peine plus profonde et plus béante encore. Une douleur plus terrible d’y avoir crû, une nouvelle fois. Un froid plus immense et plus persistent encore d’avoir laissé entrer les premiers rayons d’un timide soleil effleurer mon âme écorchée. Mes iris arides ne font que glisser sur les visages qui m’entourent, spectres translucides dans cet océan de ténèbres.

D’un geste voilé je pousse finalement la porte de bois d’un vieux troquet sorcier dont l’odeur de bière et de cèdre humide ravivent mes sens avec délice. Dans cet océan tourmenté ces lieux à l’odeur atypique ont toujours été moins point de chute, un repère dans l’aridité du monde, un espace de chaleur contre les glaciers qui comblent les creux de mon être. Un havre bruyant dans lequel noyé l’immense solitude de ma vie brisée. Dans la lumière ambrée des lampes poussiéreuse je repère rapidement une table de chêne dans un coin et la garde à l’œil tandis que je me rends vers le comptoir, féline et sauvage à la fois. « Qu’est-ce que je vous sert ? » L’homme à la carrure d’écossais a cet accent chantant si cher à mes oreilles et l’ombre d’une pensée agréable se glisse dans le coin de mes lèvres. Pourtant mon regard reste sombre et distant, si lointain que l’océan glacé de leur éclat pourrait en faire frémir plus d’un. C’est le froid même de la mort qui se propage dans mon être, qui s’écoule par les pores de ma peau, se répandant autour de moi comme une aura nécrosé. « Un verre de whisky pur feu. Vous en avez des Hébrides ? » Son regard se fait perçant alors qu’il me regarde avec un peu plus d’attention. « Une connaisseuse à ce que je vois. Vous avez de la chance, tous les bars n’en n’ont pas ici. Une erreur si vous voulez mon avis » Me gratifiant d’un doux clin d’œil complice je me surprends à lui répondre d’un hochement de tête. La chaleur des écossais à quelque chose de touchant et de toujours si sympathique que je sens déjà comme une légère brise souffler sur le désert aride qui recouvre mon être.

Mes doigts largement tatoués s’enroulent autour de la surface fraiche de mon verre ambré tandis que mes gallions roulent encore sur le comptoir. D’une démarche féline je me coule jusqu’à la table repérée précédemment restée vide. Mon corps finement musclé se glisse avec facilité sur la banquette de cuir incrustée dans la pierre de l’établissement. D’un geste précis je dépose mon verre sur la lourde table de chêne et mes yeux se braquent sur les autres tables qui me font face. Malgré les temps sombres le lieu est assez bien rempli. Des sorciers et des sorcières de tous rangs discutant presque librement autour d’un verre après une journée de travail. Combattant la morosité de la soirée écossaise dans ce lieu de vie, dernier dispensaire de chaleur humaine. Loin des marchés aux esclaves de Londres la vie semble ici continuer, malgré tout. Pourtant dans les gestes, dans les regards et dans les chuchotements des gens autour de moi je devine la peur, l’anxiété, le malaise général qui pèse, comme un linceul opaque, au-dessus de nos vies. Intérieurement mon cœur maudit ce mage noir qui a osé faire appel à une magie ancienne et terrible sans s’inquiéter des conséquences. Il maudit ce sorcier qui se croit au-dessus de tous les autres, un dieu parmi les mortels, suffisamment puissants pour oser invoquer une malédiction sur chacun d’entre nous. Si je pouvais tenir entre mes doigts acérés sa gorge de gamin arrogant je n’hésiterai pas une seconde à subtiliser la moindre parcelle d’oxygène qui s’y trouve. Inutile de lui faire subir milles tourments, il ne mérite pas qu’une personne s’attarde sur sa misérable personne. Il ne mérite que l’oubli et le mépris le plus complet, que le souffle acide des siècles efface à jamais son nom et son souvenir de nos mémoires. Lentement mes pensées dérivent vers le souvenir de sa récente prise de pouvoir et de ses monstruosités perpétrées contre notre société. De contrariété mes doigts serrent avec rage la paroi de verre qui renferme le liquide ambré. Une rage sans nom dévaste mes entrailles torturées. Une guerre d’une infamie sans nom qui vient rendre en esclavage des sorciers plus intelligents que ses sbires. Une incrédulité, une incohérence que je ne pensais plus possible dans notre société. Comment a-t-on laissé une telle chose se produire ? Comment tant de personnes peuvent trouver son opinion juste et bonne alors que dans l’histoire des combats semblables ont déjà été menés ? Mes ongles entaillent la chair de ma paume alors que mes iris se durcissent un peu plus et que la rage se mêle à une tristesse sans fond, une force terrible et sans limite. Voir de telles choses arriver ici, au Royaume-Uni revient à rendre la mort de Tomas inutile. Lui qui est mort pour un racisme que je pensais pour de bon révolu, le voilà qu’il revient, sous une forme déguisée, dans un apparat différent, mais sous les mêmes mensonges. Je peux voir ses yeux perfides, jaunes et menteurs luirent dans l’ombre des ruelles. Il est là, présent et cruellement réel.

Mes iris grandes ouvertes ne battent que lentement des cils malgré la tourmente interne qui agite mon âme toute entière. Un calme terrible, une froideur mortelle. Je n’ai pas besoin de sombrer dans un sommeil profond pour revoir, encore et encore, le sang de Tomas se répandre sur mes doigts et le visage livide de Marylin se balançant dans la fumée. Amère et sourde réalité de la dévastation de mon cœur. D’un geste souple malgré la pression de mes doigts, je porte le verre à mes lèvres laissant couler le liquide chaud et odorant dans mon être. Combler le vide et chasser le froid glacial de mes entrailles. Voilà mon envie ce soir, dans la nuit écossaise déjà tombante.    


© Artchie

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